Les radiologues n'ont finalement pas été remplacés
L'enquête. Trois sociologues ont interrogé 18 radiologues et 21 dermatologues entre 2021 et 2023, ainsi que 18 autres experts, sur leur utilisation de logiciels utilisant l'apprentissage machine (il ne s'agit pas là d'IA générative). Ils et elles ont aussi mené des observations en hôpital et en cabinets libéraux.
Les résultats. Les auteurs citent un chef de service qui déclare: « l'IA ne fait plus peur aux radiologues. » Les practicien·nes (aussi en dermatologie) ont intégré les outils à leur pratique, en général pour accomplir des tâches chronophages et laborieuses comme le cerclage de lésions cutanées. Certains, mais pas tous, utilisent aussi les scores de risque des logiciels pour confirmer un diagnostic.
Pourquoi c'est important. En 2016, Geoffrey Hinton, considéré comme l'un des « pères fondateurs » de l'IA, a déclaré qu'il était « complètement évident que l'IA [allait] faire mieux que les radiologues » d'ici cinq ans et qu'il fallait immédiatement « arrêter d'en former » (les dermatologues n'étaient pas en reste). Hinton confondait un métier et une tâche (ici, l'analyse de clichés), il s'est trompé. Pour autant, les auteurs de l'enquête notent que ces discours définitifs sur la fin des radiologues ont disparu en partie parce que les vendeurs de logiciels ont compris que, pour réaliser une vente, il valait mieux parler de collaboration avec l'IA que de remplacement. Tous les professionnels n'ont pas ce pouvoir.