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# Quels scénarios pour la fin de la bulle ?
- URL: https://www.gargantia.eu/quels-scenarios-pour-la-fin-de-la-bulle/
- Published: 2026-10-28T05:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-28T05:00:00.000Z
- Description: Les spéculateurs de l’AI montrent des signes d’essoufflement, bien que le krach soit prévu pour l’année prochaine. Pour l’éviter – ou le gérer – le pouvoir politique devra choisir entre différents scénarios.
- Author: Nicolas Kayser-Bril
- Tags: politique, story

🎧 [Écouter la version audio de cet article.](https://podcast.gargantia.eu/p/e812f50a-9870-4c39-a8ad-02214d973939)

**Le début de la fin.** Depuis quelques semaines, les signaux d’alerte s’accumulent. Le 24 septembre, Oracle, un géant étasunien de la tech, a [annoncé](https://www.reuters.com/business/oracle-cites-force-majeure-shield-itself-controversial-data-center-bloomberg-2026-09-24/) qu’il ne payerait pas une partie d’un data center au Nouveau-Mexique. Le 13 octobre, Character.AI, un service de chatbots, a [déclaré](https://www.reuters.com/legal/litigation/characterai-files-bankruptcy-agrees-sell-some-assets-disney-20-million-2026-10-13/) la faillite. La capitalisation boursière du constructeurs de data centers [CoreWeave](https://finance.yahoo.com/quote/CRWV/) a été divisée par deux depuis juin.

**Atterrissage en 2027.** Les géants de l’IA, à commencer par OpenAI et Anthropic, font construire des data centers à la pelle. Quand les travaux seront terminés, à partir de l’année prochaine, il [recevront la facture](https://www.groundbrkr.com/p/the-teaser-period-why-the-ai-boom). Plus de 500 milliards de dollars [rien que pour Anthropic](https://www.wsj.com/tech/ai/anthropic-revenue-growth-ipo-accaf0f1). Dans la mesure où l’entreprise a *perdu* 80 milliards entre janvier et juin 2026, les chances qu’elle puisse payer en 2027 sont assez minces.

**Concurrence.** Côté utilisateur, l’IA générative continue à ne pas faire de miracles. Une [étude](https://www.nber.org/system/files/working%5Fpapers/w34836/w34836.pdf) auprès de 9 000 patrons dans sept pays, publiée le 21 octobre, montre que quatre entreprises sur cinq utilisent l’IA. Parmi celles-ci, plus des trois quarts trouvent que ça ne change rien à leurs affaires (p. 42). Par ailleurs, les entreprises utilisent désormais [majoritairement](https://www.ft.com/content/d9de4776-1fc9-4f2b-aaaf-9961c35d8acd) les modèles « en poids ouverts », beaucoup moins chers. Difficile d’imaginer comment les barons de l’IA pourront rembourser leurs dettes en vendant simplement leurs services.

**Sauvetage.** Pour sauver leur peau, les géants de l’IA compte sur l’argent public. OpenAI a [demandé](https://cdn.openai.com/global-affairs/ostp-rfi/ec680b75-d539-4653-b297-8bcf6e5f7686/openai-response-ostp-nsf-rfi-notice-request-for-information-on-the-development-of-an-artificial-intelligence-ai-action-plan.pdf) l’année dernière au gouvernement étasunien de garantir ses dettes (tout en [déclarant](https://techcrunch.com/2025/11/06/sam-altman-says-he-doesnt-want-the-government-to-bail-out-openai-if-it-fails/) aux journalistes ne pas vouloir l’aide de l’État, allez comprendre). Le patron de Mistral a, lui aussi, [suggéré](https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/24/arthur-mensch-directeur-general-de-mistral-ai-dans-l-ia-nous-sommes-les-seuls-completement-europeens-du-calcul-au-deploiement-dans-les-entreprises%5F6781335%5F3234.html) l’idée il y a quelques semaines.

**Machines virtuelles.** Une autre solution, pas exclusive de la précédente, serait d’instaurer un monopole sur la puissance de calcul. La frénésie des data centers a fait augmenter le prix des ordinateurs normaux. Il est possible que les parcs informatiques actuels ne pourront pas être remplacés. Il ne restera alors qu’à acheter de la puissance de calcul directement chez Big Tech. Les services Muse (Meta), Claude Bot (Anthropic) ou Dots (OpenAI), annoncés ces derniers mois, ne sont rien d’autres que des machines virtuelles – un PC, mais en location.

**Oligopole.** C’est le modèle habituel de la Silicon Valley : encourager l’usage massif d’un nouveau produit en cassant les prix, puis augmenter progressivement la facture une fois que les concurrents ont disparus. Les appels à un « ralentissement » de l’IA, lancés par les entreprises qui pourtant la développent le plus vite possible, doivent être interprétés dans ce contexte. Ces initiatives sont en partie des tentatives de former un cartel qui pourrait s’entendre sur le prix auquel vendre cette puissance de calcul.

***Pizzo*.** Le dernier scénario est le plus original et le plus troublant. Depuis le mois d’août, les annonces de cyberattaques de la part des géants de l’IA se multiplient, y compris contre des sites gouvernementaux. Les logiciels utilisés dans ces attaques sont aussi autonomes que la balle qui sort d’un revolver (elle avance seule, elle aussi). Commettre des actes criminels puis affirmer être les seuls à pouvoir les empêcher n’a de sens que si l’on offre des services de protection.

**Avertissement.** C’est ce qu’écrit Anthropic dans un [article](https://www.anthropic.com/research/glm-5-3-and-the-spread-of-advanced-cyber-capabilities) publié fin septembre. En présentant un modèle chinois aux capacités similaires au siennes, la firme met en garde les gouvernements, affirmant que seule elle peut les protéger efficacement.

**Choix politique.** Ces esquisses de scénarios n’ont rien de complots. Les barons de l’IA ont simplement emprunté de l’argent qu’ils n’ont pas. Ils cherchent par tous les moyens comment rembourser. Les sommes en jeu (environ deux mille milliards, deux fois le montant des *subprimes*) sont telles que les gouvernements, à commencer par Washington, n’auront pas d’autre choix que d’intervenir.